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Comment devenir magique 2 (fin)

La première cloche sonna, signe que les élèves devaient se préparer à rentrer en classe. Tandis que je marchais, je me sentais différente... plus forte, plus intelligente, plus sûre de moi. Je lançai un regard aux garçons qui jouaient encore au panier de basket : Nicolas et Alexandre, des meilleurs amis, absolument inséparables comme les oiseaux qui portent ce nom. Ils se ressemblaient même beaucoup - mais pas pour moi. Car depuis le début de l'année, je voyais en Nicolas un garçon unique, différent des autres... Peut-être qu'il y avait des garçons plus beaux dans toute l'école pour d'autres filles, mais pour moi Nicolas les surpassait tous. Il ne le saurait jamais. C'était mon jardin secret. D'ailleurs, c'était pour ça que je ne lui adressais jamais la parole.

Mais cette fois-là, je ne réagis pas comme je réagissais toujours lorsque mon chemin croisait celui de Nicolas. Le robot de mon cerveau se déprogramma tout à coup et je me mis à lui prendre le ballon avec une facilité extraordinaire – en partie grâce à sa surprise, sans doute - puis je dribblai avec assurance. Alexandre tenta de me prendre le ballon, mais je me sentais capable de tout, et je tournai plusieurs fois sur moi-même tout en continuant de dribbler. Mes mouvements étaient si aisés ! Un basketteur et un danseur se partageaient mon corps. Je prenais un immense plaisir à regarder les mines stupéfaites de Nicolas et Alexandre. Puis je marquai le panier. Habituellement, avant d'essayer de marquer, j’hésitais plusieurs fois ; cette fois, je marquai, c'est tout. Je rendis le ballon à Nicolas. Il m'adressa un regard impressionné.

-Bravo, Sarah, dit-il.

La première parole qu'il prononçait envers moi était une félicitation. Et en plus il connaissait mon nom. Les joues roses, je me dirigeais vers le bâtiment en rayonnant de mille feux. La main sur mon précieux médaillon, je lançai un regard vers le fond de la cour avant de pénétrer dans le bâtiment : près du platane enneigé, dépassait la tête d'un renard qui se fondait dans le paysage.

Pendant le cours d'histoire, je me sentais alerte et pleine d'énergie. Je dévorais les anecdotes historiques que nous contaient le maître, ce qui était tout le contraire de moi. Tout ce que disait le maître se gravait en moi comme dans un livre. Je me voyais vraiment à la cour du roi Louis IX, avec une perruque blanche, une sublime robe à froufrou jaune doré, et bien sûr mon médaillon. Contemplant avec émerveillement les photos du Château de Versailles dans le manuel d'histoire, je pouvais y promener, admirer les glaces et les dorures somptueuses... et j'aimais imaginer que tous les regards se tournaient vers moi, se demandant : « Mais qui est cette mystérieuse princesse ? » Et hop, je caresserais mon collier magique et reviendrais à mon époque. Je ne m'étais jamais rendue compte que les cours d'histoire ressemblaient à de vrais voyages dans le temps, avec juste un peu d'imagination !

Soudain, on toqua à la porte.

Le maître ouvrit. Un garçon de notre âge entra. Il était vêtu d'un pull et d'un jean blancs ; avec son visage d'ange, ses cheveux blonds presque blancs et ses yeux bleu topaze, il semblait venir d'un autre monde.

-Les enfants, j'aimerais vous présenter un nouvel élève. Il a un joli prénom peu commun : Mystère.

J'ouvris la bouche de stupeur. Mystère était enfin devenu un petit garçon ! J'avais réussi !

Il vint s'asseoir à la seule table de libre : la mienne.

L'air malicieux, il me fit un clin d’œil.

Plus je le regardais, moins j'arrivais à croire qu'il était vraiment la, dans le monde réel. C'était pourtant vrai !

Les têtes de tous les élèves étaient tournées vers nous. Sans doute parce que Mystère les intriguait ( et quel mystère n'intrigue pas ? ) et peut-être aussi parce qu'ils se demandaient pourquoi lui et moi semblions être les plus vieux amis du monde.

-Ils me voient, murmura Mystère, les yeux brillant comme s'il annonçait la plus belle nouvelle de tous les temps. Merci, Sarah, c'est grâce à toi. Maintenant, tu crois en toi et aussi en moi.

-C'est surtout grâce à ton collier. Il est incroyable ! Cette fée ne t'avait pas menti.

Le garçon toussa.

-Hum... disons qu'il n'y a jamais eu de fée. Enfin, si, j'ai croisé de nombreuses fées dans la forêt... mais aucune ne m'a fabriqué de médaillon magique. J'ai chipé ce collier aux puces lorsqu'on ne me regardait pas. Qui traiterait un renard de voleur de bijou ?

-HEIN ?! Tu veux dire que ce collier est un collier ordinaire ?

-Oui, mais celle qui le porte est loin de l'être.

Il désigna une photo du manuel : la peinture d'une femme du siècle de Louis IX portant une robe jaune. Avec un air amusé, il me lança :

-Je te vois très bien avec cette robe, Princesse Sarah Eteoli. Tu seras une étoile.

Je souris. Eteoli était l'anagramme* de étoile et je venais de m'en rendre compte pour la première fois de ma vie. J'avais toujours été une étoile.


*Anagramme : mot obtenu en changeant de place les lettres d'un autre mot

 

 
 



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