Extraits



 
L'univers extraordinaire de Charlie Norev
 

Charlie ne se sentait jamais seul.

Charlie se sentait riche.

Charlie était toujours heureux.

Grâce à son imagination, le garçon savait que, quoiqu'il arrive, où qu'il soit, sa vie serait toujours merveilleuse et qu'il ne s'ennuierait JAMAIS.

Les yeux fermés, les yeux ouverts, dans une pièce sombre ou un château enchanté...cela n'avait aucune importance.

Accompagné de son imagination, toutes les merveilles du monde étaient à lui.

Tout ce qu'il pouvait vouloir, il l'avait.

Il lui suffisait de l'imaginer, ce qui était pareil à ses yeux...même mieux, parce qu'il pouvait décider des moindres détails !

Charlie ne faisait aucune distinction entre le monde de son imagination et celui de la réalité.

Pour lui, ils formaient un seul et même univers...SA réalité.

Cette histoire est celle d'un enfant tout-puissant, parce qu'il avait entre les mains le plus grand des pouvoirs...

L'IMAGINATION.


Charlie possédait un carnet de poèmes qui ne le quittait jamais.

Poésie était un oiseau extraordinaire au plumage de multiples dégradés de couleur. On aurait dit une sorte de croisement entre le paon et l'oiseau de paradis.

Ses yeux brillaient d'une magnifique lueur violette.

C'est comme ça que Charlie se représentait la poésie en tout cas : comme un oiseau multicolore dont le chant si doux, si doux, virevoltait à votre oreille.

Le but du poète étant de traduire avec des mots ce chant divin.

Comme Poésie pouvait surgir sans prévenir, Charlie gardait toujours son carnet de poèmes sur lui.

 

Le garçon ouvrit son carnet pour se plonger dans l'un de ses poèmes. Il aimait bien y faire un tour, de temps en temps. Il pouvait même s'y éterniser.

En l'ouvrant, une petite créature transparente tomba du carnet. Elle avait la taille de deux stylos qu'on aurait mis bout à bout.

Cet être était très étrange ; on distinguait aisément la forme de son visage et de son corps, mais on pouvait voir au travers !

Le garçon s'accroupit pour aider la petite chose à se lever :

« Oh, excuse-moi, Lunatique, je ne t'avais pas vu ! »

Lunatique habitait dans son carnet ; les pages étaient les pièces de sa demeure, tout simplement.

Leur rencontre est une belle histoire : un soir d'été, dans le secret de son jardin, Charlie avait une conversation avec l'une de ses bonnes amies, la lune. Tous deux communiquaient par la pensée, comme d'habitude.

La lune lui parlait des êtres invisibles qui l'habitent.

Le garçon lui dit qu'il aurait beaucoup aimé rencontrer l'un de ses curieux habitants.

Soudain, un être tomba du ciel, tout doucement.

Charlie n'eut qu'à ouvrir ses mains pour l'accueillir.

Même s'il faisait nuit, il put distinguer les formes de la créature grâce à la pleine lune qui illuminait les cieux.

– Je m'appelle Lunatique, lui avait dit l'étrange créature transparente. Moi aussi je rêvais d'un autre monde, d'un véritable ami différent de tous ceux que j'ai pu avoir. Alors la lune m'a envoyé ici.

Charlie avait décidé que Lunatique ne le quitterait plus jamais, désormais. Et comme la seule chose qu'il avait toujours sur lui était son carnet de poèmes, il avait proposé à son ami d'en faire sa maison. C'est une bien drôle de maison, un carnet ! Il n'y avait bien sûr que Charlie pour avoir une idée pareille.

– Quelle magnifique demeure ! S'était aussitôt réjoui l'être tombé de la lune. C'est bien plus qu'un abri que tu m'offres, c'est une maison-univers ! Chaque poème est une pièce-monde dans laquelle je ne m'ennuierai jamais !

 

Si Charlie était tout-puissant dans la vie réelle grâce à son imagination hors du commun, dans les rêves, il perdait tout pouvoir. Il ne contrôlait rien et ne parvenait pas à créer ses rêves comme il créait les fantaisies de sa vie éveillée.

Il se contentait de subir les événements, de se regarder vivre ses rêves comme un spectateur, impuissant.

Il aimait rêver parce qu'il appréciait toutes formes d'aventures imprévisibles, mais il préférait de loin être éveillé. À l’état d'éveil, tout était toujours possible pour lui.

 

« Je dois t'avertir ! »

Dans son rêve, un papillon qui devait bien faire sa taille, mauve et bleuté, lui parlait par la pensée.

Charlie avait l’impression de flotter dans l'espace. Tout était sombre autour de lui, sauf ce papillon. Fasciné, il contemplait le délicat tissu de ses ailes transparentes.

« Quelque chose approche, reprit le papillon. Tu es surveillé en ce moment-même. Tu l'ignores, mais le pouvoir de ton imagination a fait de toi un être très puissant. Si ton pouvoir est invisible aux yeux de la plupart de tes semblables, il ne l'est pas pour toutes les créatures. Tout ce que tu crées avec ton esprit existe dans une dimension parallèle à la tienne. »

– Oui, je vois pour de vrai tout ce que je fabrique avec mon imagination ! Répondit vivement Charlie. Je vois Lunatique exactement comme je vois mes parents !

« C'est exactement cela, affirma le papillon.

Tu crées à un haut degré de réalité, comme peu d'êtres humains l'ont déjà fait auparavant. Tu es exceptionnel, Charlie. À cause de cela, bientôt, TOUT changera pour toi. »

– Tout changera pour moi ? Que veux-tu dire ?

Le garçon se réveilla en sursaut.

Il s'aperçut que Lunatique n'était plus dans le carnet mais allongé sur sa poitrine, profondément endormi, un léger sourire sur ses lèvres transparentes. Il soupirait d'aise de temps en temps. Apaisé par la présence de son petit compagnon, Charlie sentit que la douceur du sommeil l'étreignait peu à peu. Il eut juste la force de jeter un coup d’œil par la fenêtre : son amie la lune était bien là, veillant sur lui. La seule présence de l'astre mystérieux suffirait toujours à le rassurer dans l'obscurité. Pour quelle autre raison la lune pouvait-elle éclairer la nuit la plus noire, si ce n'était pour veiller sur les êtres endormis ?

Comme c'était bon de se laisser bercer par sa propre imagination...il en avait oublié son rêve inquiétant.

Pendant ce temps, l'oiseau Poésie volait à travers la nuit déserte, à la recherche d'une âme éveillée qui serait disposée à écouter son chant de minuit. L'oiseau multicolore traversa comme un fantôme la fenêtre illuminée d'un adolescent qui jouait aux jeux vidéos. Son chant merveilleux se répandit autour du garçon, qui s'immobilisa un instant, comme s'il avait senti une présence dans la pièce...mais son âme ne comprit rien au chant, apparemment.

L'adolescent recommença à presser énergiquement les boutons de sa manette de jeu, les yeux rivés sur son écran de télévision.

Poésie s'éloigna, déçu. Il avait hâte que Charlie soit réveillé. Non seulement cet enfant le voyait, mais il l'écoutait toujours.

Soudain, Poésie disparut.

En vérité, l'oiseau était simplement parti ailleurs, dans un endroit très différent d'ici. C'étaient ses voyages dans tous les mondes qui lui inspiraient des idées merveilleuses de chants poétiques.

 

Immédiatement après la disparition de Poésie, exactement au même endroit, un oiseau très différent apparut.

Un oiseau très majestueux, très mystérieux.

Son plumage sombre était noir bleuté.

Il avait des yeux de biche, profonds et envoûtants.

Mais quel était donc cet oiseau obscur ?
 


Extrait de "L'univers extraordinaire de Charlie Norev" de Cyrielle COHEN.



 


Je suis un livre VIVANT !
 
 

"Sache qu'en ouvrant ce livre tu pénètres dans un monde qui te dépasse, petit être.

Ici, à chaque page, tout est possible. Ce livre n'est pas un livre ordinaire.

Tu sais, il y a des livres qui sont juste des livres, et il y a des livres… qui sont des UNIVERS.

Ces livres-là sont très rares, et tu viens d'en trouver un. Dans ce genre de livre, il n'y a aucune règle.

D'ailleurs, tu ne vois pas ma véritable apparence.

J'ai l'air d'un simple petit bouquin, mais ce n'est qu'une illusion.

Si tes yeux pouvaient me voir tel que je suis réellement, et si tes mains pouvaient toucher ce que je suis vraiment, tu serais impressionné !

Car je suis en vérité un magnifique grimoire à l'épaisse couverture de cuir.

Une œuvre d'art que de nombreux collectionneurs rêveraient de posséder.

Ouf ! Heureusement pour moi qu'ils ne peuvent pas voir ma véritable apparence.

Je ne veux pas être enfermé dans une bibliothèque poussiéreuse pour le restant de mes jours.

Car en fait, j'ai beaucoup de pouvoir, mais seulement si quelqu'un m'ouvre et me lit.

Un peu comme le génie de la lampe d'Aladin qui n'a de pouvoir que si quelqu'un frotte la lampe…

Bref, je suis sublime, mais comme je suis magique, tu ne le verras jamais… sauf si je te jette un sort pour ouvrir ton œil de vérité.

Ton œil de vérité est un œil invisible qui se trouve entre tes deux yeux.

Il est fermé pour l'instant, mais comme j'ai beaucoup de pouvoir, je suis capable d'ouvrir l’œil de vérité de n'importe qui !

Mais oui, bien sûr que tout le monde a un troisième œil entre les deux yeux !

Ah, les êtres humains savent si peu de chose… ils ne croient que ce qu'ils voient sans se poser de question, et leur existence est si ordinaire, sans aucune surprise… en un mot, ennuyeuse !

Mais je vais tâcher de faire en sorte que pour toi, tout ça soit différent.

Tu as beaucoup de chance de m'avoir, tu sais.

Dis adieu à l'ennui, je te prépare des surprises… diaboliquement magiques !

Je sais que tu te poses plein de questions, que tu te demandes : « Mais qu'est-ce que c'est vraiment que ce livre ? », « Qu'est-ce qui m'attend dans ce livre ? »… et patati patata... questionnements banals d'être humain, quoi.

Arrête ça tout de suite.

Dans mon univers à moi, on ne se pose pas tout le temps cent mille et une questions sur ce qui va arriver.

Car si on sait toujours ce qui va arriver, c'est carrément nul, tu ne trouves pas ?

Il n'y a plus aucune surprise dans ce cas.

Crois-moi, c'est tellement mieux de se laisser glisser dans le mystère… tu n'as rien à faire, juste à DÉCOUVRIR…

 

Comme je te l'ai dit, je suis un UNIVERS.

Oui, un univers qui ressemble à un livre et qui parle (je parle, mais en écriture et non en paroles, bien sûr, car je n'ai pas de langue).

Comme votre univers qui a beaucoup de pays et de planètes, mon univers a aussi plein d'endroits très, très différents.

Certains lieux sont délicieusement terrifiants, il y en a qui sont doucement ensorcelants, d'autres encore sont divinement éblouissants… tous sont magiques et IMPRÉVISIBLES…"
 

Tu crois être paisiblement en train de lire ce livre, en sécurité, mais en réalité une part de ton âme est ici, avec moi.

 

Je ressens ton essence… je ressens qui tu es au plus profond de ton être.

Tu es un être fort, très fort, mais tu l'ignores. Oh oui, tu es capable d'accomplir bien des choses… je le sens !

Tes capacités sont sans limites !

Que de puissance dans une si frêle créature… je pensais t’envoûter, mais c'est toi qui m’envoûtes…

Je ne parviens pas à me montrer diabolique envers toi…

C'est si étrange, je n'y arrive pas…

Je pourrais prendre le contrôle de ton esprit à tout jamais pour t'emprisonner et te garder rien que pour moi, mais… rien n'y fait, ça m'est impossible.

Je plie sous la grandeur de ton âme.

Oh, cher être extraordinaire, laisse-moi te faire un précieux présent avant de te laisser partir.

Mon souhait le plus cher est que tu conserves un souvenir de moi. Tu seras le premier et l'unique être humain à posséder le trésor que je vais te donner. Et tu le garderas TOUJOURS.
 

Laisse-moi t'offrir cette clé.

Elle n'est pas seulement très belle… elle t'apportera tout ce que tu désires ! Attention, ça ne marchera pas pour TOUS tes désirs, autrement ce serait un cadeau empoisonné : imagine que pendant une seconde, tu désires que ton meilleur ami se transforme en rat !

Non, non, crois-moi, mon présent part d'une bonne intention ; c'est pourquoi cette clé réalisera UNIQUEMENT tes VRAIS désirs, ceux qui sont chers à ton âme, qui sont purs et véritablement importants pour toi, au plus profond de ton être.

Ce cadeau est maintenant à toi, pour toujours. Tu ne pourras plus jamais le perdre."


 

Justin referma le livre : quel livre étrange !

Il n'avait jamais rien lu de pareil.

Et ce fantastique cadeau ! Et si c'était vrai que tous ses vœux pouvaient maintenant se réaliser ? Whaooo…

Il avait trouvé ce bouquin poussiéreux dans un tout petit magasin de livres qui semblaient dater de la préhistoire… enfin, si les hommes des cavernes avaient eu des livres, ils ressembleraient à ceux qu'on trouvait dans ce magasin !

Ce livre l'avait immédiatement attiré.

Non, il l'avait ensorcelé.

Il aimait se dire qu'à chaque page, tout pouvait lui arriver dans ce livre. C'était… hum… exaltant.
Bon, il devait se concentrer.
Plus vite il aurait terminé ses maths, plus vite il retournerait à son livre.

Il avait presque terminé lorsqu'un gros bruit le fit sursauter.

Il leva la tête, les yeux écarquillés. Mais ce n'était que Fantasque, son chat ; un félin mince et élancé au poil plus noir que noir et aux immenses yeux verts mystérieux. Fantasque s'allongea alors sur son lit, juste en face de lui, plongeant son regard émeraude dans celui de son maître.

Puis, l'animal ouvrit la bouche et… parla.

 

« Justin, prononça doucement le chat avec une étrange voix humaine, tu n'es déjà plus dans ton univers, mais tu l'ignores. »


    Extrait de "Je suis un livre VIVANT !" de Cyrielle COHEN.







 



 
 
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