Bienvenue dans ton sanctuaire où tout est possible

 

Le rêve du chat surnaturel 1


Dessin de Cyrielle Cohen

– Il me manque tellement…

Célia ne se remettait pas de la disparition de son meilleur ami : son chat. Un adorable animal à la fourrure semblable à de la neige scintillante et aux yeux d'un vert… un vert presque surnaturel. Le plus beau vert qui soit.

C'est la vérité, tout le monde le disait : « Tiny, le chat de Célia, est le plus beau des chats. »

C'était évident et pourtant inexplicable.

Sa fourrure étincelait comme un millier de diamants et son regard vous ensorcelait en un clin d’œil. Même ceux qui détestaient les chats tombaient sous son charme. Même ceux qui haïssaient les animaux tout court, d'ailleurs.

Tiny dormait avec sa maîtresse de treize ans toutes les nuits, au pied de son lit. L'emploi du temps du chat était réglé sur le sien : si Célia se levait pour aller prendre son petit-déjeuner, Tiny se levait pour réclamer ses croquettes. Pas un ne mangeait sans l'autre ; Célia ne se retrouvait jamais seule dans une pièce de la maison. Tiny était toujours dans les parages. Et cette amitié durait depuis que la jeune fille avait six ans.

 

Célia essuya une larme en repensant à toutes ces fois où elle avait raconté sa journée à Tiny qui l'écoutait attentivement en faisant sa toilette.

Cela faisait maintenant trois jours que le chat blanc avait disparu. 

Les parents de Célia avaient déposé des annonces partout, sans succès. Tiny aimait se promener mais il rentrait toujours. Sauf cette fois.

L'avait-il abandonnée ? Avait-il trouvé un autre foyer, un autre maître ? 

« Non, songea la jeune fille. Tiny et moi étions bien trop proches. Il avait déjà du mal à supporter que je m'absente la journée pour les cours… »

Elle ouvrit la fenêtre pour observer le ciel étoilé.

– Je t'en prie, Tiny, rentre vite, où que tu sois.

Elle vit alors passer une étoile filante. C'était la première fois qu'elle en voyait ! Peut-être cela signifiait-il que son vœu allait se réaliser… Elle l'espérait si fort…

Elle ferma la fenêtre en soupirant et s'allongea sur le lit, serrant une peluche de chat roux contre son cœur. 

 

Soudain, une voix chuchota à son oreille : « Célia ! »

Elle se redressa vivement. Avait-elle rêvé ?

Elle alluma un instant la lumière pour vérifier qu'elle était bien toute seule dans la chambre. Peut-être s'était-elle endormie sans s'en rendre compte et avait rêvé cette voix. Bizarre…

De toute façon, elle était trop épuisée pour s'en inquiéter. Elle voulait oublier au plus vite son chagrin et filer dans le monde des rêves, là où l'on perd la mémoire pour une nuit. Si seulement elle pouvait se réveiller le lendemain matin et se rendre compte que la disparition de Tiny n'était qu'un cauchemar…

« Tiny… », murmura-t-elle en s'endormant, comme une prière inachevée. Mais le tourbillon du rêve l'avait déjà emmenée dans un autre monde… un monde où Tiny était là.

 

Il faisait nuit et elle se trouvait dans une forêt. Elle savait qu'elle rêvait, elle se rappelait même s'être endormie.

– Bon, je rêve et je suis dans une forêt très sombre… j'ai même froid, alors que je sais que rien de tout ça n'est vrai…

Une voix masculine la fit se retourner :

– Célia !

Elle tomba nez à nez avec Tiny qui sautait d'un arbre pour se diriger vers elle.

– Tiny ! s'exclama-t-elle en se penchant pour le caresser, comme je suis contente que tu sois là ! Je me demande qui m'a appelée…

– C'est moi, lui répondit le chat en la fixant de ses grands yeux verts.

D'abord surprise, elle hocha la tête :

– Évidemment que tu peux parler, puisque nous sommes dans un rêve !

– Ce n'est pas ce que tu crois, reprit l'animal. Même si nous sommes dans un rêve, c'est vraiment moi, Tiny, je suis réel. Et je te parle.

– Sauf que les chats ne parlent pas…

Le chat blanc cligna des yeux et déclara doucement :

– Célia, je ne suis pas un chat. Je n'ai jamais vraiment été un chat.

– Mais que veux-tu dire ?

Il sauta de nouveau sur la branche de l'arbre le plus proche, puis sur la branche au-dessus, puis sur une autre… une fois sur la gauche, deux fois sur la droite… Que faisait-il, au juste ?

Soudain, il s'arrêta et sembla attendre quelque chose.

Le sol se mit alors à trembler et un engin étrange sortit de terre comme par magie.

 

Il s'agissait d'une sorte de vaisseau spatial de la forme d'un gros ballon. Sa surface était vitrée et on pouvait voir à l'intérieur un panneau de boutons de plusieurs couleurs qui servaient sûrement à conduire le vaisseau.

La jeune fille ouvrit la bouche de stupeur.

– Je ne suis pas d'ici, Célia.

– Tu veux dire que tu es… tu es…

– Oui. C'est ce que je suis.

Elle recula, pour la première fois effrayée par le chat qui avait si longtemps partagé sa vie.

– Je suis toujours le même, lui dit l'animal. Cela fait sept ans que je dors tous les jours dans ton lit, ne commence pas à avoir peur de moi aujourd'hui.

Ne sachant que faire d'autre, Célia s'assit par terre, abasourdie.

Tiny avança vers elle en ronronnant comme il l'avait toujours fait quand il voulait des caresses. Elle hésita un instant, puis le caressa comme à son habitude.

– Je suis toujours ton meilleur ami, Célia. Et je le serai toujours. Mais je dois partir.

– Pourquoi ?

– Parce que ce monde n'est pas le mien. En réalité… je n'ai pas de monde.

– Comment est-il possible de ne pas avoir de monde ?

Une voix derrière elle lui répondit :

– C'est possible lorsque notre planète est détruite.

Célia se retourna. Un autre chat blanc qui ressemblait trait pour trait à Tiny s'approcha d'elle. Mis à part que les yeux de ce chat étaient bleus.

 
 



Créer un site
Créer un site