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Le rêve du chat surnaturel 2 (fin)

– Je te présente Soryn, mon frère, fit Tiny. Lui aussi a une famille d'accueil qu'il doit quitter. Nous avons eu beaucoup de chance… mais nous ne restons jamais plus de sept ans sur une planète.

– Pourquoi ? s'étonna la jeune fille.

– C'est la règle que notre peuple s'est fixée. Nous ne voulons pas déranger les habitants des autres mondes alors nous ne restons que de courtes durées. Depuis que notre planète a explosé, nous sommes éparpillés un peu partout dans l'univers. Pour que notre présence reste discrète, nous ne restons jamais plus de sept ans sur une même planète.

Célia prit son chat dans ses bras comme elle le faisait souvent, prise de compassion.

– Oh, Tiny, murmura-t-elle, cela doit être terrible de ne pas avoir de monde à toi. Mais… est-ce que cela signifie que tu vivais dans un autre monde avant que je te connaisse ?

Une ombre passa dans les yeux du chat.

– J'ai vécu dans de nombreux mondes.

– De nombreux mondes ! s'exclama-t-elle. Mais quel âge as-tu en réalité ?

– J'ai…

– Ne le lui dis pas, le coupa l'autre chat. C'est inutile de l'effrayer davantage. Elle n'a pas à le savoir.

– Je ne suis pas effrayée ! protesta la jeune fille. Je ne le suis plus maintenant. Et l'amitié qu'il y a entre Tiny et moi est bien au-delà de ce que tu peux imaginer… je lui ai toujours tout confié. Nous pouvons tout nous dire, peu importe la planète où nous sommes nés.

Elle entendit un petit rire dans la voix de son animal de compagnie :

– Tu n'as pas à t'en faire, Célia, je n'écoute jamais mon frère de toute façon. Je vais te dire quel âge j'ai, mais tu auras du mal à imaginer ce que ça représente. Je ne veux pas que cela mette de frontière entre nous… peux-tu me promettre que peu importe ce que je te dirai, tu me verras toujours de la même façon ?

– Tu seras toujours mon Tiny. Même extraterrestre et même très, très vieux.

– Je vais arrondir pour te simplifier la chose. J'ai environ trois milliards d'années.

– C'est… c'est… c'est… c'est incroyable ! Tu ne fais pas ton âge, c'est tout ce que je peux dire.

Soryn haussa les épaules :

– C'est normal, cette apparence n'est pas notre véritable apparence. C'est celle que nous avons prise pour être incognito sur la Terre durant tout ce temps, afin qu'aucun humain ne se doute rien. Qui pourrait soupçonner un chat d'être un extraterrestre ?

– C'est impossible de vous soupçonner, je crois. Vous êtes très malins.

Le chat aux yeux bleus posa la patte sur un point précis du vaisseau qui s'ouvrit immédiatement en deux.

– Il est temps, dit-il gravement.

– Tiny ! s'écria Célia tandis que son ami à poils s'était tourné vers le vaisseau. Je t'assure que ton secret sera bien gardé et que ta présence restera très discrète. Tu peux rester chez moi autant que tu le veux. Toi aussi, Soryn, tu n'as qu'à venir chez moi ! Vous n'avez pas besoin de chercher un autre monde. En plus, vous serez ensemble !

Tiny lança un regard suppliant à son frère.

– On ne peut pas ! s'exclama celui-ci. Nous n'avons pas le droit d'enfreindre la loi des sept ans. C'est comme si on demandait à un terrien de commettre un meurtre, tu comprends, jeune fille ?

– Sauf que là, ça ne fait de mal à personne, insista-t-elle.

– Tu ne comprends pas. Nous sommes des nomades. Nous sommes des étrangers. Nous ne pouvons pas rester. Ce n'est pas bien. La Terre vous appartient et aucun être de notre monde ne veut déranger. Si nous transgressons la loi des sept ans, nous renonçons à nos principes et tôt ou tard, on nous verra comme des envahisseurs. C'est ce que nous serons si nous abusons de votre hospitalité.

Célia se leva en époussetant ses vêtements et sourit au chat aux yeux bleutés :

– Je suppose que tu es le grand frère, Soryn.

– Tu as bien deviné. Et ne compte pas sur moi pour te dire mon âge.

Sur ces paroles, il lui fit un clin d’œil et monta dans le vaisseau, la laissant seule avec Tiny.

Elle prit l'animal contre son cœur, lui caressa la tête. Il ronronnait de bonheur.

– Merci d'être venu me dire au revoir dans mon rêve, Tiny.

– Je tenais à ce que tu saches la vérité avant de partir, pour que tu ne sois pas triste. Nous n'avons le droit de révéler notre identité que dans les rêves afin que nul n'ait de preuve que nous sommes des extraterrestres.

– Grâce à toi, je ne pleurerai plus. Au contraire, je sourirai chaque soir en regardant le ciel et toutes ses étoiles, en songeant que tu es sur l'une d'elles, pas bien loin.

– Pas bien loin, juste dans ton ciel. Tu sais, Célia, j'ai trois milliards d'années mais une excellente mémoire. D'ici trois milliards d'années, je me souviendrai de toi de la même manière. Tu vivras éternellement dans mon souvenir.

– Pense souvent à moi, alors. Comme ça, je pourrai vivre en toi.

Elle le posa à terre et le regarda marcher lentement vers le vaisseau. Elle l'appela une dernière fois :

– Tiny !

Il se retourna, les yeux brillants, comme s'il voulait qu'elle le retienne pour retarder le moment fatidique du départ.

Elle baissa la voix pour que Soryn ne l'entende pas :

– Je pense que vous avez un long voyage à faire… alors, tu as tout le temps pour essayer de convaincre ton frère de te laisser revenir chez moi encore quelques années ! Tu pourrais peut-être lui proposer de respecter une loi de quatorze ans ! Ça ne ferait que sept ans deux fois, ce ne serait peut-être pas vraiment enfreindre la loi des sept ans… Enfin, je dis ça comme ça, juste pour que tu saches que la maison t'est ouverte si tu changes d'avis. Ce sera toujours ta maison à toi aussi, Tiny. De la même façon que je serai toujours ta meilleure amie.

Le chat lui lança un regard plein de tendresse.

Puis il monta dans le vaisseau spatial qui se referma aussitôt. 

Il avait posé sa petite patte blanche sur la vitre comme pour essayer de toucher son amie une dernière fois. Ses yeux verts étincelaient encore plus que d'habitude… sûrement parce qu'ils retenaient mille larmes.

Célia observa le vaisseau spatial s'élever doucement de la terre ferme, avec deux petites têtes de chats blancs à l'intérieur qui la suivaient du regard. Des yeux bleus et des yeux verts.

Une larme coula le long de sa joue.

Le vaisseau monta dans les airs. Et elle se retrouva seule.

 

La jeune fille se réveilla en sursaut. Tiny l'observait calmement au pied de son lit. Comme si rien ne s'était passé. Comme s'il n'était… jamais parti ?

– Mais… qu'est-ce que tu fais là ?

Évidemment, il ne répondit pas. Elle n'était plus dans un rêve.

Elle secoua la tête :

– Je n'arrive pas à le croire…

Comment était-ce possible ?

Soudain, elle comprit : elle n'avait pas seulement rêvé que son chat était un extraterrestre… elle avait même rêvé sa disparition. En fait… Tiny n'était jamais parti ! Tiny n'avait jamais disparu et il n'était pas non plus un extraterrestre !

Elle qui avait tant espéré se réveiller et réaliser que la disparition de Tiny n'avait été qu'un cauchemar ! Voilà que son vœu s'était exaucé. Vive les étoiles filantes !

Elle se leva et souleva son chat en dansant, dont les beaux yeux émeraude s’arrondissaient de surprise.

– Oh, comme je t'aime, Tiny ! Bien sûr que tu n'es pas un extraterrestre ! Tu es juste un chat qui ne quitterait sa maison pour rien au monde ! Tu es juste mon meilleur ami !

Ses parents entrèrent dans sa chambre en riant devant la gaieté de leur fille.

– Je vois que tu as bien dormi, constata son père.

– Merveilleusement bien !

– C'est un petit garçon qui a retrouvé Tiny dans son quartier, lui dit sa mère. Il nous l'a rapporté ce matin. Comme nous sommes heureux de l'avoir enfin retrouvé !

Célia s'immobilisa :

– Tu… tu veux dire que Tiny avait vraiment disparu, je n'avais pas rêvé ?

– Bien sûr que non ! Est-ce que tu es sûre que tu es bien réveillée, Célia ?

– Je l'espère…

Lorsque ses parents quittèrent sa chambre, remise de ses émotions, elle sourit à son ami à poils :

– Hum, hum… tu as donc réussi à convaincre ton frère, Tiny.

Le chat plissa les yeux innocemment.

.

Une fois prête pour les cours, elle caressa affectueusement son petit protégé :

– À tout à l’heure, mon meilleur ami extraterrestre !

Célia savait que son rêve n'était probablement rien qu'un rêve ordinaire et que son chat n'était certainement pas un extraterrestre.

Le fait qu'elle l'ait retrouvé aujourd'hui ne pouvait être qu'une coïncidence, c'était bête de croire un rêve aussi farfelu. Cependant… elle aimait bien faire comme si c'était vrai. C'est assez marrant de croire qu'on a un chat qui vient d'une autre planète ! Et puis, qui sait… ?

Tout en songeant cela, elle sortit de la maison, son sac-à-dos sur les épaules.

Elle salua distraitement la voisine quand elle remarqua qu'elle portait quelque chose dans les bras.

– Regarde ce que mon mari a trouvé tout à l'heure, Célia, lui lança la dame à la chevelure blonde et frisée.

La jeune fille s'approcha et aperçut avec stupeur le chat blanc aux yeux bleus que sa voisine tenait dans les bras.

– Soryn ! s'exclama-t-elle.

– Que dis-tu ?

– Je… j'ai rêvé d'un chat comme celui-ci cette nuit et il s'appelait Soryn, avoua Célia.

– Oh, fit la voisine, alors nous l'appellerons ainsi, Soryn… c'est très original. Merci pour l'idée, Célia ! Tu as vu sa ressemblance étonnante avec ton chat ? On dirait qu'ils sont frères. Moi qui ai toujours rêvé d'avoir un chat aussi beau que Tiny, je suis aux anges !

– Oui, ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau, répondit-elle malicieusement. Je suis sûre qu'ils vont bien s'entendre… Tiny va être fou de joie de vivre à côté de Soryn.

Reprenant sa route, Célia sourit. Elle n'avait plus besoin de faire semblant de croire que son chat était un extraterrestre, à présent. C'était la pure vérité et ils n'étaient que trois sur Terre à le savoir.

 

 

Ce récit provient du livre "Entre dans la forêt invisible" de Cyrielle Cohen qui contient de nombreuses autres histoires magiques.

 
 



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